Ce n'est qu'en février 1999 que j'ai pu voir des Rhodesians en chair et en os, lors d'une exposition canine à Troyes.Immédiatement conquise par leur stature, l'élégance de leur ligne, l'impression de force tranquille qu'ils dégageaient - déformation professionnelle oblige - je n'ai pu m'empêcher d'imaginer ce chien avec un harnais de chien guide sur les épaules.Des quelques propirétaires interrogés sur la possibilité de former des sujets de cette race au guidage de déficients visuels, j'ai reçu des réponses fort disparates "chien calme et stable qui ferait sûrement un excellent chien guide", "vous n'y pensez pas ! ce sont des chasseurs de lions", "impossible, ils ont un besoin viscéral de courir".
Cependant, certains projets, pour irréalisables qu'ils semblent, sont appelés à devenir réalité; c'est ainsi que par le biais d'une relation commune, j'ai rencontré la présidente du club de la race qui, bien que réservée au départ, n'a pas trouvé totalement incongru de tenter une telle expérience.Tout est allé très vite ensuite: l'élevage:"Amazulu" dans les Alpes Maritimes nous a proposé un chiot femelle à naître, dont les géniteurs présentaient des traits de caractère et un comportement correspondant aux critères souhaités pour cette formation spécifique.Née le 5 février 2003 "UZIMA" rebaptisée "UZIA" a grandi dans l'essonne chez Martine et Bernard ses tuteurs. Mis à part quelques pieds de chaises et un bout de sommier rongés son enfance s'est déroulée sans incident notable et c'est très rapidement qu'elle a acquis les notions de marche en laisse à gauche en précédant le jambe, de besoins dans le caniveau, de rappel et de bonnes manières en société; bien sûr il y avait de petites incartades au programme, notamment le goût qu'elle avait de se lover sur les genoux de Bernard lors de ses moments de calineries mais son bon comportement en général incitait à ignorer ce péché véniel.Après ses premières chasses elle a subi, comme il se doit, une ovariectomie et sa formation de chien guide a débuté en janvier 2005. Quittant le giron de ses tuteurs elle a vécu chez moi auprès de "SUMO" mon samoyède et de "URBANN" un autre élève labrador.Au fil des jeux et des courses dans la campagne avec ses congénères, elle a rapidement abandonné ses airs de princesse douillette et sa musculature s'est notablement développée. Pour la possession d'un jouet ou lors de séances de catch canin, elle se montrait très affirmée et...mauvaise perdante.Pour la contraindre à dormir à l'endroit prévu pour elle, j'ai dû ruser en garnissant le soir fauteuils et canapés de tabourets car visiblement elle aimait le confort des coussins en cuir...Compte tenu du bon travail de préparaton que ses tuteurs avaient effectué, son éducation a été facile et rapide (sauf les jours de pluie). Elle avait à coeur de me satisfaire, appréciait les compliments et mémorisait très rapidement les exercices techniques. Bien sûr, si parfois mon pied effleurait sa patte, ou si je heurtais un peu trop soudainement un obstacle devant lequel elle n'avait pas marqué un ralentissement suffisant, le quartier en était informé par un hurlement de douleur hors de proportion avec la situation, ce qui me valait les regards soupçonneux des passants et me faisait la maudire en silence.Ce mois d'avril 2005, je l'ai présentée à Annie, non voyante mal entendante sévère et à "SAPEUR" son labrador atteignant l'âge de la retraite. Chaque jour, nous avons effectué des sorties courtes sur des parcours couramment empruntés par Annie pour l'habituer aux mouvements du corps de la chienne et à son rythme et afin que UZIA s'accoutume à guider cette nouvelle personne à la carrure, aux enjambées et à l'équilibre différents.Avec SAPEUR les relations ont été courtoises bien qu'elle ait immédiatement occupé son panier avec un regard éloquent qui semblait dire:"le confort c'est pour moi, toi va voir ailleurs". Elle a très vite répéré la porte du pavillon et y allait chaque jour avec un plaisir évident; il est vrai qu'Annie a toujours dans ses poches de quoi récompenser les bonnes attitudes...Puis, les exercices se sont poursuivis avec déplacements sur Paris en RER et métro et UZIA a semblé ravie d'être en pension complète dans son nouvel environnement. Elle, si chipoteuse au moment de ses repas, faisait montre d'un bel appétit.Compte tenu du surhandicap de Annie, le stage d'adaptation a été un peu plus long mais au regard des progrès visibles jour après jour, tout laissait à penser que l'équipe serait pérenne.Malgré son attachement à SAPEUR, Annie a dû envisager de le confier à une famille. Lieu de retraite idéal pour un labrador: St Nazaire où, accueilli par Stéphanie et Xavier, il peut donner libre cours aux baignades et aux courses sur la place.Heureux chien !
17/09/2008
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