17/09/2008

LES TRIBULATIONS D'ANTOINE

Lorsque voici déjà plus de trois ans, ma chienne-guide " Koumys " griffon Korthals d'une extrême sensibilité m'a faussé compagnie après douze ans de complicité et d'attachement profond, j'ai vécu une épreuve très difficile.
L'équipe que nous formions était une réussite. Marie-Claire et Dominique avaient trouvé le chien qui me correspondait le mieux.
Jour après jour, je nourrissais des sentiments contradictoires où se mêlaient le refus de la remplacer pour ne pas ternir mes souvenirs, le souhait d'avoir à nouveau auprès de moi la présence d'un autre chien, l'appréhension de ne pas retrouver dans ce nouveau chien, le caractère et les qualités que j'avais tant appréciées chez " Koumys ", bien que sachant combien les comparaisons dans ce cas sont inutiles et dérisoires.
Au terme de cette confrontation de pensées, il m'a paru clairement qu'il m'était impossible d'envisager l'avenir sans un chien auprès de moi.
J'ai rencontré pour la première fois " Liatris " en fin d'année 1996 à la campagne. Marie-Claire qui avait participé à son éducation souhaitait que le premier contact entre elle et moi se fasse dans un lieu habituel pour la chienne, où elle pouvait évoluer en liberté.
Alors qu'elle gambadait et virevoltait devant nous, j'ai pu caresser hâtivement son corps trapu de labrador et son poil lisse qui m'était décrit comme étant noir et brillant.
Afin qu'elle s'habitue à ma voix et vienne librement vers moi, j'avais prévu quelques gourmandises. Dès le second essai de rappel, j'étais devenu beaucoup plus intéressant pour elle, puisque je l'accueillais avec caresses et récompenses et que je ne la retenais pas.
Lors de notre seconde rencontre sur les mêmes lieux, je n'étais plus un étranger pour elle et c'est spontanément qu'elle vait dans mes bras lorsque je m'agenouillais pour l'accueillir.
Pendant le stage d'adaptation à Paris, je l'ai perçue comme un sujet dynamique, curieuse de tout et bien sûr, comme la plupart des labradors…très gourmande.Une de ses premières farces chez moi a été d'ingérer une boîte mal rangée d'un kilo de chocolats, ce qui aurait pu entraîner des conséquences fâcheuses pour sa santé.
Très joueuse à certains moments, elle sait être d'un calme olympien à d'autres.
Lors de nos déplacements dans Paris, les gens la trouvent sympathique, certains la caressent en silence ou veulent parfois lui donner une friandise. S'ils savaient les problèmes que cela me crée ! Comment en effet, savoir si " Liatris " est à l'arrêt pour me prévenir d'une difficulté ou parce qu'elle est caressée, sinon hypnotisée par une gâterie ?Comment lui faire comprendre ensuite que les passants n'ont pas toujours une friandise à la main pour elle ?
Qu'il s'agisse d'un chien-guide ou d'un chien de compagnie, je pense que l'on devrait toujours demander l'autorisation d'aborder un animal à son utilisateur.
La présence d'un chien-guide facilite les contacts di-on ? Sans doute mais des progrès restent à faire. Une anecdote à ce sujet : j'attendais le bus avec " Liatris " à une station desservant deux lignes ; d'autres personnes patientaient également.Dix minutes se sont écoulées avant qu'un bus n'arrive donc plus de temps qu'il n'en faut pour établir un dialogue.A l'arrivée du bus, un bras vigoureux m'a poussé vers la porte, sans un seul mot. Cette situation m'était d'autant plus désagréable que ce bus n'allait pas où je voulais me rendre. Il aurait été plus simple et bienséant de me demander si je voulais de l'aide et quel bus je voulais emprunter.
Je saisis l'opportunité de cet article pour donner une précision : beaucoup de personnes pensent bien faire en ne parlant pas aux aveugles guidés par un chien pour ne pas les perturber dans leur trajet.
Nous adresser la parole ne nous perturbe pas, au contraire car à part quelques grincheux (mais il y en a aussi chez els voyants) nous apprécions beaucoup de pouvoir communiquer. Par contre, entraver le rythme du chien ou le faire dévier de sa direction au prétexte de le caresser pendant qu'il travaille nous contrarie beaucoup.
Bien sûr, ce problème ne se pose plus lorsque le chien est à l'arrêt dans un magasin ou dans un transport en commun puisqu'il est alors hors service.

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