17/09/2008

SENSATION D'ASCENSION

Amis de Colin Maillard, bonjour ! Vous avez lu l'histoire du distributeur d'argent et de son clavier, comment il nous piège, comment le tapoter. Cà vous a plu, hein ? Vous en demandez encore… Eh bien écoutez l'histoire du bouton d'ascenseur.
Alors voilà, imaginez que votre désir du moment consiste à rejoindre le 5ème étage d'un édifice quelconque. Fort de votre culture technologique, vous pénétrez au sein d'une cabine parallélépipédique aux vertus ascensionnelles judicieusement baptisée ascenseur. Sous l'impulsion du cerveau, lui-même aidé de la vue, votre index, jusqu'alors inactif, s'élève et enfonce le bouton portant le n°5. Tel un demi-dieu enfourchant Pégase pour atteindre l'Olympe, vous empruntez l'ascenseur pour rejoindre le 5ème étage. Le monde est simple, le monde est beau!
Changeons les données de la situation : vous désirez aller au 54ème étage, vous avez l'ascenseur, le cerveau, l'index mais…pas la vue ! Alors chacun se masque d'un foulard et en route !
Vous voici devant la porte. Ouverture automatique ou poignées ? Ah, poignée mais porte bloquée. Caressons donc les murs pour trouver le bouton d'appel. Il se situe en général sur le montant droit, à une hauteur d'environ 1m50. Voilà, appel enregistré. Choisir maintenant sa position d'attente : sur le côté afin de dégager la sortie ou main sur la poignée afin de tempérer la sortie…
Profitons de cet exemple pour lancer un cri d'alarme à tous les usagers d'ascenseur que nous sommes : cessons de sortir de ces cabines comme si quelque chose nous avait piqué nous ne savons où !
Imaginez un aveugle et son chien en train d'attendre…A l'arrivée, si vous poussez trop violemment la porte, vous risquez :
1.de blesser le chien aux pattes ;
2.d'altérer la diction si distinguée du non voyant par une rencontre inopinée entre sa dentition et la porte ;
3.de vous faire 2 ennemis pour la vie.
Vous êtes maintenant dans la place, tout fierot d'avoir su déjouer les premiers pièges et là, les festivités vont commencer. Vous repérez le clavier des étages, il peut être à gauche comme à droite. Vous chercher en tâtonnant les différents boutons. S'il s'agit d'un clavier sensitif, vous venez de programmer tous les étages. Si, d'aventure, vous êtes dans une des nombreuses tours parisiennes, vous entamez un très long voyage en commençant bien évidemment par les différents sous-sols et là, vous commencez à bougonner.
D'accord, oublions le clavier sensitif pour revenir à des boutons plus facilement repérables. Votre main s'envole et trouve aisément les touches.
Ne croyez surtout pas que notre but consiste à vous gâcher la journée mais il est de notre devoir de vous signaler qu'un clavier de commandes peut se présenter différemment :
"Tous les boutons s'organisent sur une seule colonne verticale. Simple nous direz-vous ? pas tant que çà vous rétorquerons nous ! Quelle preuve avez-vous que le 6ème bouton en partant du bas (eh oui, n'oublions pas le RDC) concerne bien le 5ème étage ? Savez-vous s'il y a des sous-sols ? Et que faites vous de ces deux touches inséparables mais rarement au même emplacement "ouverture des portes" et "alarme" ?
"Les boutons s'organisent sur deux colonnes verticales. Une pour les numéros pairs, l'autre pour les numéros impairs. Evidemment, l'ordre de ces catégories varie d'un ascenseur à l'autre et quant à nos deux touches inséparables, c'est d'un commun accord que nous éluderons le sujet.
"Les boutons s'organisent sur trois colonnes ou plus… sans commentaire.
En constatant les complications que pouvait occasionner un simple voyage ascensionnel intra-muros, nous avons demandé à différents non-voyants quelle était leur méthode pour emprunter un ascenseur inconnu. Les réponses furent logiques, en voici la synthèse :
"Toujours téléphoner auparavant afin de se renseigner sur le clavier de commandes (pour peu que l'interlocuteur le connaisse ou prenne le temps de l'étudier);
"Indiquer son heure d'arrivée pour être éventuellement accueilli au RDC.
"Arrivé devant l'ascenseur, utiliser son téléphone portable pour les mêmes raisons;
"Tenter de trouver la porte de l'escalier pas toujours attenante à celle de l'ascenseur mais si on doit se rendre au 12ème étage…
"Oser l'aventure, monter dans la cabine, appuyer sur un bouton situé approximativement au milieu du clavier, descendre à l'étage choisi par le destin, trouver une porte, sonner pour demander de l'aide. L'œil suspicieux de l'habitant se glissera au travers du judas aveugle pour n'y voir que du noir car le distrait que vous êtes a omis d'allumer la lumière du palier. Flairant un piège innommable, l'habitant prudent s'éloignera de sa porte aussi sournoisement que silencieusement, sur la pointe de ses charentaises et là, vous continuerez à bougonner".
De tout cela faisons le bilan. Dans plusieurs villes de l'hexagone, le clavier numérique de certains ascenseurs est complété de caractères " braille " afin de faciliter les déplacements des personnes mal voyantes. C'est bien mais ces initiatives encore trop rares, mériteraient un déploiement plus intensif à l'échelle nationale.
A l'échelle municipale çà bouge ! l'Office des hlm D4 Aubervilliers en région parisienne, a décidé de "brailler" tous les ascenseurs dépendants de cet organisme. Opération en cours qui servira d'exemple, nous l'espérons.
Dernière nouvelle : dans un établissement parisien fort fréquenté par les non voyants et pour cause, les consignes de sécurité de l'ascenseur sont précisées en Braille : un grand bravo ! mais pas les touches des étages, amusant, non ?
Revendiquons le droit au 7ème ou 8ème ciel pour tous ! Que chaque déficient visuel puisse emprunter les ascenseurs sans appréhension, que chaque touche se pare des reliefs de Monsieur Braille.
Si un fâcheux vous affirme à juste titre, que tous les non voyants ne connaissent pas le Braille, répondez lui qu'il suffirait que chaque numéro d'étage figure en relief sur les boutons à condition que ces derniers soient assez grands. Si le même fâcheux insiste en disant que tout le monde ne sait pas forcément lire les chiffres en " noir ", parlez lui de la synthèse vocale : j'appuie sur la touche N°3 et une voix angélique susurre à mon oreille ravie : "37me étage ", ce qui serait aussi utile pour les personnes âgées n'ayant plus l'acuité visuelle de leurs 20 ans. Enfin, si ce triste individu vous soutient que les bons sentiments ne font jamais gagner de l'argent, rétorquez lui juste avant de l'éjecter définitivement de l'ascenseur, que les aveugles y gagneront du temps et que le temps c'est de l'argent !
Dernière, dernière nouvelle : le CIC Paris, en collaboration avec l'association Valentin Haüy, a mis en service le premier distributeur de billets en Braille avec synthèse vocale et grossissement de caractères. Formidable ! Maintenant que le prototype existe, il n'y a plus qu'à généraliser, çà évitera à qui se reconnaîtra de traverser tout Paris une fois par semaine pour aller chercher son argent à l'AVH. (Association Valentin Haüy).

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