Etre complice de son chien guide pour obtenir le meilleur de lui-même, est le but auquel aspire tout déficient visuel. Cependant, l’utilisation d’un chien guide aussi judicieuse soit-elle, reste éloignée du travail d’éducation effectuée au centre de formation. Aventure vécue :
Je m’appelle Caroline, 36 ans, aveugle de naissance.
Depuis bien longtemps, j’ai deux passions : les chevaux et les chiens.
C’est de la deuxième dont je vais vous parler. J’ai eu mon premier chien à l’âge de 22 ans. J’attendais ce moment depuis toujours. Avoir un chien, mon chien, était l’un de mes rêves. LE stage de remise a été pour moi une révélation. En plus du bonheur d’avoir enfin mon chien, je me suis découvert une passion pour tout ce qui concernait son éducation. Quel beau métier que celui d’éducateur ! Travailler avec des chiens, c’est ce que je voulais faire ! « C’est parfaitement impossible » m’a-t-on dit au départ.
« Un chien ça ne s’éduque pas qu’en laisse ou au harnais mais également à distance, et ça, quand on ne le voit pas, on ne peut pas le faire ».
Pour moi, la raison n’était pas très convaincante ; je pensais qu’en l’équipant d’un grelot on pouvait savoir ce qu’il faisait, même à distance, et que cet obstacle de « ne pas le voir » n’en était pas vraiment un.
Il fallait simplement faire évoluer les choses et les esprits. Après plusieurs années, je suis parvenue à intéresser une école à cette idée. Nous avons réfléchi aux problèmes, parlé à maintes reprises des solutions envisagées et finalement j’ai été autorisée à faire un essai.
C’est bien beau de vouloir éduquer un chien mais comment allais-je m’y prendre notamment pour lui apprendre à rejoindre sa place ? Je pouvais y aller moi-même et l’encourager à venir m’y trouver ; c’est un bon début mais allait-il vraiment comprendre ce que j’attendais de lui ?
N’allait-il pas tenter ensuite de me rejoindre partout ailleurs ?
Il me fallut donc m’éloigner, d’abord très légèrement, puis de plus en plus de cette place tout en lui ordonnant d’y rester. C’est à ce moment que se sont posés les premiers problèmes.
En effet, pour que le chien comprenne qu’on veut qu’il reste à une place, il doit être félicité tant qu’il s’y trouve et on doit l’y remettre dès qu’il en sort et là, mon super grelot, qui devrait combler mon manque de vision s’est révélé n’être d’aucune utilité car ses mouvements de tête faisaient tinter le grelot sans qu’il ait quitté sa place sans bouger la tête… Les éducateurs qui me suivaient m’ont suggéré d’utiliser une longe.
Pour que le chien comprenne ce que j’attendais de lui il fallait qu’il ne ressente aucune tension dans la longe tant distendue lui permettait de quitter sa place sans que je m’en aperçoive.
Ceci n’est qu’un exemple. Bien d’autres problèmes se sont posés, notamment celui du rappel. A ce sujet, nous avons constaté que les chiens les plus obéissants ont parfois une excellente raison de ne pas répondre à l’appel… et là non plus, mon grelot n’a servi à rien.
Pour que le chien comprenne ce que l’on attend de lui, il faut que chacune de ses actions soient instantanément suivies d’une réaction de notre part. Dans le cas du rappel, s’il vient vers nous ou nous regarde, il doit être encouragé. Sinon, on doit insister pour accaparer son attention. La difficulté dans la non voyance, est d’adapter sa réaction aux changements d’attitude du chien. C’est le seul moyen d’obtenir des sujets aussi bien éduqués que les chiens guides. J’ai alors pris conscience qu’éduquer des chiens ne demandait pas seulement des compétences et de la concentrations mais nécessitait aussi beaucoup de précision ; c’est cette précision qui fait vraiment défaut lorsqu’on ne voit pas. Je pensais que mon ouïe pourrait combler ce manque mais cette solution s’est avérée non valable.
Avec mon chien, il m’arrive parfois de mal traduire ses attitudes et en conséquence, ne pas agir comme je le devrais. Dans ce cas, je suis la seule à en subir les conséquences qui sont minimes puisque l’éducation de base et le dressage au harnais ont déjà été faits. Avec un chien débutant c’est une toute autre affaire et les erreurs que j’aurais pu commettre auraient brouillé sa compréhension de ce que l’on attend de lui et avoir des conséquences fâcheuses pour le cours de son travail ; je ne m’en suis pas senti le droit, trouvant plus judicieux de laisser ce métier, si passionnant, à des personnes aptes à l’exercer efficacement.
Cette expérience m’a permis de prendre conscience des exigences de ce métier et des difficultés liées à mon handicap. La preuve a été faite que l’éducation classique, telle qu’elle est pratiquée actuellement n’est pas accessible à une personne aveugle.
Il n’empêche que l’on peut, même lorsqu’on ne voit pas, travailler avec son chien et lui apprendre des choses. N’étant pas professionnels cela nous prend plus de temps qu’un éducateur par manque de pratique et de compétences et notre handicap nous confronte aux difficultés citées plus haut mais nous avons cette irremplaçable complicité qui vient avec le temps et ne fait que se renforcer au fil des aventures vécues ensemble. A défaut de pouvoir être une professionnelle, j’ai choisi d’être une amateur s’appliquant à l’éducation de son chien, s’investissant dans ses activités communes pour essayer de lui apprendre des nouvelles choses : c’est tout simplement génial et tout le monde peut le faire.
Caroline DESMERGER
Utilisatrice de SILOE
23/02/2009
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