10/02/2009

JOUR DE GREVE

Cet automne a été riche en grèves des transports. Et parmi les usagers qui les ont vécues : quelques-uns de nos chiens guides. A chaque partenaire de chien sa façon de les vivre : en restant chez lui, en empruntant d’autres moyens de transport comme les taxis, en dénichant un covoiturage, en faisant avec les moyens de transport rares existant… témoignage.

Mardi noir, c’est le sinistre mois de novembre, il pleut, il fait froid et les cheminots de la SNCF et les conducteurs de la RATP sont en grève. Pourtant, cette fois, rien à faire : je ne peux pas, comme la semaine précédente, travailler à domicile, en ayant pris soin de bien remplir ma clé USB des dossiers en cours et de rendre des comptes à des collègues et responsables hiérarchiques par mail.
Aucun covoiturage possible non plus : ma collègue qui m’emmène parfois est bloquée chez elle pour… garder ses 3 enfants puisque l’Education nationale fait, elle aussi, grève ! Non, cette fois, je dois y aller en transports en commun et même me déplacer dans paris intra-muros dans la journée. Les dernières grèves affrontées, en 2005 ne m’inquiétaient pas plus que ça : je n’avais pas encore PTYMEK, le prédécesseur de mon chien actuel, PONGO. Alors rien à craindre : j’ai la chance d’être en bonne santé, de bien tenir sur mes jambes, de ne pas avoir la langue dans ma poche si on essaie de me doubler ou de me piétiner… mais cette fois, PONGO m’accompagne. Impossible de le laisser seul toute la journée : je pars trop longtemps. Pas trouvé non plus de solution de garde, parce que jusqu’au dernier moment, j’ai pensé pouvoir esquiver une part de mes déplacements. Raté, il faut foncer.
L’aller ne m’inquiète pas. Certes, j’ai deux trains par heure au lieu de huit pour gagner Paris depuis ma Seine et Marne. Certes je ne pourrai pas prendre le métro jusqu’au bout e je ferai le reste a pieds (via un chemin que je ne connais pas !). Mais le matin, en calculant bien, en partant tôt, de si loin, on peut encore trouver une place assise et donc surtout, à travers elle, une planque pour le chien sous le siège… Ouf, il ne finira pas en bouillie. Pour sortir du train, ma foi, c’est à peine pire que les autres jours si on laisse passer le gros de la foule.
Le déplacement intra-muros qu’une obligation professionnelle me contraint à faire à la mi-journée, de la place d’Italie à porte de Versailles, ne peut pas emprunter les voies navigables classiques : lignes de métro quasi-fermées. Alors, en avant PONGO, même si tu détestes la pluie, tout droit, on file prendre le tramway. Où il est ? Ben on verra, on cherchera… On ne l’a encore jamais pris : il y a un début à tout ! De toutes façons, guidée par un chien guide, je marche tellement rapidement et en sécurité que ce n’est pas 25 minutes de marche qui vont m’effrayer !
Et pour le retour ? C’est là que je m’inquiète. C’est là ce que je redoute depuis la veille. Le soir, pour quelques usagers, mais qui représentent les minorités agissantes, c’est l’heure de la transformation en bêtes sauvages prêtes à tout écraser sur leur passage. Entre humains, on peut se défendre. Mais comment protéger un chien, plus petit, moins visible, plus fragile devant cette horde ? Moi, j’ai opté pour les avertissements verbaux, gentils, puis féroces si on ne prend pas garde à ne pas piétiner mon chien. Le moment le plus redoutable ? La montée dans le train. C’est là que les bêtes sauvages tentent de s’empiler, ou de vous enjamber… crainte suprême : que le chien bascule entre le quai et la rame, comme ça lui est déjà arrivé une fois, un jour ou on l’a bousculé. Mais impossible, pour éviter ce risque, de porter PONGO dans mes bras pour ce passage : il est trop grand et trop lourd. PTYMEK, je pense que je l’aurai pris dans mes bras, comme lorsque de vilains escalators lui donnaient des coups de jus. Mais ce soir là, par chance et aussi un peu par ruse, je suis montée parmi les premières dans la wagon… ouf, vite, un siège, et revoici PONGO bien planqué…
Journée finie. Missions accomplies et chien revenu vivant… demain sera un autre jour… de grève !

Sophie MASSIEU-GUITOUNE

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