De plus en plus de non-voyants s’adonnent aux joies de la voile. Voici le récit d’une première expérience effectuée sur un plan d’eau de Moselle par Christian.
Le Club de Voile de Moselle, souhaitait une plus grande participation des personnes handicapées à ce sport ; Ceci m’a déterminé à tenter cette aventure. Mon handicap étant la cécité, je me suis mis à le recherche d’un barreur suffisamment confiant (ou inconscient) ; mon ami Martial m’a permis de tirer mes premiers bords sur la Moselle et même mon premier et unique dessellage à ce jour (bain forcé) tout cela pour récupérer son chapeau tombé à l’eau et qu’il oublia quelques semaines plus tard dans une auberge du Haut Jura.
Nullement découragé par cette première expérience, j’ai continué à m’entraîner avec ma fille Emiline afin de pouvoir participer aux dernières régates de la saison, notamment celle de GUENANGE qui n’eût pas lieu faute de vent.
Rendez-vous fût donc pris pour les championnats de Lorraine. A la date prévue, nous nous sommes retrouvés au lac de Madine sous le soleil et une légère brise. Après avoir mangé, gréé le bateau (le garnir de voiles, poulies et cordages) et une bonne préparation mentale, le moment vint d’aller en découdre sur l’eau, le soleil étant remplacé par la pluie, quelques coups de tonnerre, et Eole se renforçant.
La première épreuve consistait à mettre le bateau à l’eau et monter à l’intérieur : tout se passa bien, Emiline et moi ayant pu rejoindre la ligne de départ ; enfin j’allais vivre de l’intérieur une régate et comprendre les différents coups de klaxons d’une procédure de départ que j’entendais à terre lorsque mes enfants naviguaient.
Le pavillon de série hissé donnait le coup d’envoi de ma première procédure de départ qui se déroula à peu près normalement bien que n’étant pas en premier rideau (en première ligne). Emiline et moi avions trouvé nos marques sur le bateau, les virements de bord s’enchaînaient sans problème et nous passions la première bouée en compagnie de plusieurs de nos adversaires de la série 470. Ensuite, les choses se sont compliquées puisque le bateau a pris l’eau et j’ai été obligé d’écoper. Sans trapèze (système d’attache qui relie le gilet de sauvetage au mât, ce qui permet à l’équipier de se mettre debout sur le bord du bateau et se pencher en arrière au dessus de l’eau pour le rééquilibrer lorsqu’il y a du vent) ni Spi (voile triangulaire à l’avant du bateau) que faire face à des équipiers aguerris !
Pour rester motivés, Emiline et moi avons décidé de chronométrer le temps de passage aux bouées du bateau précédent pour voir si nous étions capable de lui reprendre du temps. Nous avons terminé derniers mais pas trop loin et en se battant.
En attendant le lancement de la deuxième manche, nous nous sommes reposés, ravitaillés tout en échangeant nos impressions avec les autres concurrents.
Lors du lancement de la deuxième manche, nous prenions un meilleur départ, mais malheureusement cela ne changeait pas notre classement à l’arrivée.
Le dimanche, trois manches étaient prévues au programme. Le temps était clément, le vent moins fort et moins régulier que la veille mais l’enthousiasme était toujours là.
Grâce aux dessalages de nos adversaires directs, nous avons terminé avant derniers au classement général, mais nous avons pris beaucoup de plaisir à naviguer ensemble.
Cette journée a été pour moi une victoire de plus sur mon handicap et je remercie toutes les personnes qui m’ont aidé à y parvenir.
Depuis, je prends chaque année ma licence et continue les entraînements.
La voile est un sport passionnant, mais avant de se lancer dans cette aventure, il est important d’en mesurer les risques. Pour un non-voyant, le point le plus important est la sécurité sur l’eau ; il doit en effet être l’objet d’une attention particulière de la part des bateaux de sécurité car s’il tombe à l’eau, il ne trouvera pas ses repères. A cet effet, certains clubs fabriquent des maquettes des plans d’eau pour que les aveugles navigateurs comprennent leur environnement et s’y repèrent.
De plus en plus d’espaces HANDI-VOILE voient le jour au sein des clubs et des initiatives se concrétisent telles que le marquage des bateaux HANDISPORT, la création d’une signalisation particulière, ou l’organisation de journées consacrées aux non-voyants.
Les clubs de voile sont à votre disposition pour tous conseils et renseignements. Pour les habitués du Web, voir le site http://www.voilesportive.com/ - handi voile.
Christian CAUCHIE, utilisateur de TROLL
10/02/2009
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