Une fois la demande de chien guide faite, commence pour le non-voyant une attente plus ou moins longue, pendant laquelle impatience et imagination vont de pair, quant à la race, la taille et la personnalité du chien à venir ; Il demeurera libre à tous moments de tenter l’aventure ou d’y mettre un terme.
Prendre un chien guide à moi ou ne pas prendre. Voilà la question que je me posai même après avoir adressé ma demande au CIE l’an dernier. Je suis d’emblée certaine de l’amélioration qu’un chien apportera dans mes déplacements : quoique parfaitement autonome à la canne, je sais qu’un chien soulage l’attention, permet d’aller plus vite. J’en ai fait l’expérience avec le chien d’un proche à maintes reprises. D’autre part, depuis mon plus jeune âge, j’aime beaucoup les chiens. Enfin, je viens de m’installer en banlieue : mes trajets sont plus longs, je fatigue, tant l’utilisation de la cane blanche demande de la concentration, surtout dans une ville de banlieue ou les trottoirs servent à garer les voitures. Trois arguments forts pour un grand OUI à la question de départ.
Des arguments forts pour le NON aussi : il y a déjà un chien à la maison, guide lui aussi. Comment les amis, les hôtels, les salles de concert, les restaurants… réagiront-ils lorsque nous arriverons à deux avec chacun un chien ?
J’en suis là de mon introspection quand un mail arrive : la responsable du CIE me parle d’un chien qui vient de perdre prématurément sa maîtresse. Elle me propose de me le présenter. Nous sommes en Mars, deux mois après ma demande. Un délai record ! J’accepte.
Débarque chez moi un vendredi un Griffon, qui a pris du poids, trop de poids, entre la disparition de sa maîtresse et notre rencontre. Mon petit saucisson à pattes s’essouffle dès qu’il court. Régime : diète alimentaire, et sur dose de câlins.
Le week-end passe : je le veux, c’est certain. Je suis enthousiaste à l’idée que ça m’engage pour moins longtemps de prendre un chien âgé de six ans. Surtout, je crois que ce sera plus simple de prendre un chien déjà habitué à guider. C’est ce que me laissent entendre Marie-Claire et Diego, les deux éducateurs de l’école : ils l’ont déjà expérimenté avec un autre couple maître/chien.
Je ne tarde pas à me rendre compte que pour ce chien et moi, ça s’avère inexact. Sans doute parce que je ne lui offre pas du tout les même conditions de vie et de travail que celles qu’il a connu dans le passé. Il se montre à la fois incroyablement à même de s’adapter e réticent sur un nombre de détails qui, les 4 premiers mois, nous ont beaucoup compliqué la vie à tous les deux. Il n’est pas attentif, ne se montre pas constant, ramasse tout et n’importe quoi par terre… PTYMEK, tu sais, j’ai bien failli te rendre, rendre mon tablier. Mais sitôt arrivé, tout le monde dans mon service avait fait de toi une mascotte choyée. Et puis on s’aimait trop, tous les deux, alors on a appris, aidés par les éducateurs, à s’apprivoiser.
Aujourd’hui tu as gardé tes travers, mais j’ai acquis de l’indulgence et quelques rares moyens de t’affronter : pas d’affrontement direct, mais un lâcher de harnais pour te faire reprendre tes esprits. Cela dit, tu restes ma petite tête de mule. Moi qui tenais à avoir un chien atypique, je suis servie ! Dès que je règle un problème (ton refus de monter dans le train, par exemple), tu m’en trouves un autre (le rejet des escalators ou la manie de ne pas terminer ta gamelle, ou de lui préférer les poubelles du quartier). Mais, vaille que vaille, nous voilà partis pour quelques années de vie commune, de jeux, de complicité… et, qui l’eut cru, ne serait-ce que deux mois auparavant, tu as même gagné un prix au concours de guidage et d’obéissance organisée à la fête de ton école.
Une fête riche en émotions, puisque tu as revu, et donc tu m’as présenté, les parents d’Annie, ton ancienne maîtresse qui, je crois, ont été assez contents de voir le tandem que nous formions.
Alors en avant, MEKTON, on continue !
Sophie MASSIEU-GUITOUNE
10/02/2009
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