Après une longue expérience de dressage de chiens, Diego CABRERA, 26 ans, éducateur au CIE, sait maintenant qu’il faut comprendre un chien avant de le faire travailler, qu’il faut lui donner envie.
Rencontre avec ce volubile passionné de chiens qu’on a peine à imaginer, du fait de son parcours, sans chien à ses pieds…
Entre Chiens et Nous : Malgré votre jeune âge, les chiens et vous, c’est déjà une longue histoire. Votre passion est née lorsque vous étiez étudiant en économie, en Colombie. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Diego CABRERA : En quatrième année à la fac d’économie, je me suis acheté un chien. Très vite, avec lui, j’ai suivi, puis donné des cours à la croix rouge internationale, de sauvetage par exemple. Les cours avaient lieu le week-end, à Bogotá [Capitale de la Colombie NDLR]. C’était très chouette. J’avais 18 ans.
E.C.N. : Et très vite, vos cours ont rencontré un grand succès…
D.C. : Je les donnais avec un ami, ces cours de dressage. Et au lieu d’avoir cinquante chiens sous notre responsabilité, comme les autres instructeurs, on en avait jusque quatre-vingt. Alors comme on sortait tous les deux de la fac (lui avait fait des études d’architecture), on a choisi de se lancer dans la vie professionnelle en créant notre entreprise. Au bout de trois ans, nous étions école d’instruction numéro un en Colombie. Nous dressions notamment des chiens d’assistance, en premier lieu pour des enfants rencontrant des problèmes d’insertion scolaire. Nous faisions donc de la thérapie avec des chiens pour ces enfants, comme celui, par exemple, resté traumatisé après que des assassins aient tué son père sous ses yeux. L’objectif de ces thérapies consistait notamment à redonner aux enfants le sens de la hiérarchie. En parallèle, nous travaillions dans une prison de femmes : nous dressions avec elles des chiens de l’équivalent de la SPA et, une fois adoptés, nous rencontrions moins de difficulté à faire adopter ces chiens. Les femmes, elles, avaient appris un métier pour leur sortie de prison.
E.C.N. : Et c’est à cette époque que vous avez tenté d’éduquer votre premier chien guide…
D.C. : j’avais un ami aveugle, qui avait entendu parler de ce qui se faisait au Canada, ou aux Etats-Unis, mais qui n’avait pas les moyens de s’y rendre. Alors on a fouiné sur Internet et je me suis dit qu’on allait tenter le coup. Une femme nous a donné une femelle berger allemand. J’ai bricolé quelque chose pour son éducation, mais c’était très mal fait. Elle a commencé à prendre les mauvaises habitudes de son maître et c’était impossible à corriger. Et puis je ne la faisais pas travailler dans la rue : pour moi qui faisais du dressage pour d’autre objectifs, un chien se dressait sur une piste. Surtout, à l’époque, je ne faisais que du dressage classique, je produisais des chiens mécaniques qui exécutaient un nombre considérable d’ordres rapidement. Résultat : si on disait ‘à droite’ à la chienne, elle y allait, quitte à foncer dans le mur. Elle n’avait donc pas la désobéissance intelligente. Une fois mécanisée, difficile de lui faire faire marche arrière. Mais bon, vaille que vaille, au bout d’un an et demi, on peut dire qu’elle a été le premier chien guide en Colombie… Elle travaille encore.
E.C.N. : Passionné de chiens, vous en aviez fait votre métier, votre loisir puisque vous étiez champion d’agility en Amérique latine, mais aussi votre nouveau sujet d’études : vous êtes diplômé en comportementalisme en Espagne ou vous avez suivi des études par correspondance. Après avoir choisi de revendre votre entreprise qui mangeait tout votre temps, vous n’avez pas lâché les chiens pour autant : vous avez ouvert une fabrique de jouets pour chiens. Et c’est fort de toute cette expérience que, venu en France à la base pour un concours d’agility, vous avez posé vos valises au CIE…
D.C. : Au départ, je voulais rester en France pendant trois ans pour apprendre à éduquer des chiens guides, puis repartir ouvrir une école en Colombie. Hormis le CIE, toutes les écoles ont refusé ma candidature, en dépit de mon expérience, parce qu’il y a un an, je parlais très mal le français.
E.C.N. : Au début, la communication n’a pas dû être facile…
D.C. : Je suivais la directrice du CIE toute la journée. Elle me parlait, que je comprenne ou non, tout le temps. Pendant trois mois, j’ai travaillé par mimétisme.
E.C.N. : Et ce fut un peu le grand saut…
D.C. : Oui, mes méthodes ou celles du CIE, c’était vraiment le coq et l’âne… Le seul point commun était que tous les deux, on travaillait avec des chiens… Maintenant, je respecte l’esprit du CIE.
E.C.N. : C'est-à-dire ?
D.C. : JE suis pour la liberté du chien, pour le respect de sa personnalité. Je fais en sorte de le comprendre avant de le travailler. Je sais maintenant qu’il faut établir une relation avec un chien, et non le mécaniser. Ca lui permet de guider avec envie, et non comme un automate. Mais il y a des choses que je ne laisserai pas passer pour autant : un chien ne mangera pas dans mon assiette ou je ne répéterai pas deux fois un même ordre.
E.C.N. : Aujourd’hui, vous travaillez donc en France. Mais vous faites partager votre nouveau savoir et votre nouvelle façon de voir les choses avec vos compatriotes…
D.C. : Oui, par Internet, j’envoie des informations à deux personnes en Colombie. Et si j’arrive à faire prendre conscience là bas qu’il faut respecter les animaux, ce sera vraiment très bien.
Propos recueillis par S.MG.
05/03/2009
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