04/03/2009

NEWLOOK, UN AIR DE LIBERTE

Vous connaissez NEWLOOK ? C’est mon coéquipier, un berger australien de neuf ans et demi.
Il est assez petit. Si on le compare à un labrador, il est moins haut sur pattes et son corps est plus court. Il n’a pas de queue parce qu’on la lui a coupée à la naissance pour qu’il corresponde aux critères esthétiques de sa race.
Heureusement je crois que les éleveurs n’ont plus le droit de pratiquer cette mutilation inutile et barbare !
NEWLOOK a un poil mi-long, soyeux et lisse, une tête fine avec un museau assez court et très expressive avec des oreilles courtes et tombantes toujours en mouvement pour capter la moindre info et ne rien rater de ce qui se passe autour de lui. C’est son côté commère !
Nous vivons ensemble à Paris dans un deux-pièces depuis sept ans et demi. Il aime beaucoup son panier installé à côté du canapé et, la nuit, il se glisse en rampant sous mon lit pour dormir.
La première fois qu’il a fait ça, j’ai eu peur. J’ai senti les lattes de mon sommier qui bougeaient et me suis demandé ce qui se passait : Est-ce qu’il y avait un léger tremblement de terre ? Non, pourtant, rien d’autre ne semblait vibrer ou trembler… et puis je l’ai entendu respirer sous le lit ! Ouf !
Mon chien n’aime pas la routine. Avec moi, il est servi. Je suis comédienne et reporter radio. Alors pendant toutes ces années vécues en commun, nous avons enchaîné les voyages, les chambres d’hôtel, les villes, les trains… et surtout nous côtoyons beaucoup de monde dans des contextes très variés.
Lorsque nous arrivons quelque part, que ce soit dans un théâtre ou dans un appartement, je lâche mon chien et il entreprend une visite minutieuse et curieuse des lieux. Bien sur, je ne le fais que si c’est possible et ‘‘autorisé’’ …
J’aime bien cette autonomie. Il sait très bien se faire accepter et il sent les limites à ne pas dépasser avec chacun.
Quand je travaille quelques temps au même endroit, je le vois tisser des liens avec certaines personnes, en éviter d’autres qui ne souhaitent pas sa présence. Souvent on me dit : ‘‘dès qu’il arrive, il fait le tour des bureaux pour dire bonjour à tout le monde’’.
J’interviens très peu dans sa vie sociale avec les autres humains, sauf pour empêcher qu’on le gave de friandises. Or, il fait très bien le chien affamé et qu’on ne nourrit pas assez ! Quel grand acteur !
Pendant que je suis sur scène, Newlook m’attend bien sagement dans ma loge, pardon, dans SA loge. Il a pris l’habitude d’obéir à un ordre que lui a donné Cyril, un régisseur avec lequel j’ai beaucoup travaillé : ‘‘Va dans ta loge !’’. Alors là, ça ne rigole plus, le spectacle commence et il vaut mieux se tenir à carreau.
Selon le témoignage des habilleuses, dès qu’il entend que le spectacle se termine, avant les applaudissements, au moment des dernières répliques, il se réveille et montre des signes d’impatience. Deux fois en cinq ans, il a réussi à échapper à leur vigilance et a surgi sur scène au moment des saluts. Le public a adoré. Tout le monde riait et applaudissait de plus belle… et lui, se prenant pour une star, a fait plusieurs entrées et sorties fougueuses pour honorer les rappels ! C’était très drôle, mais il s’est quand même fait disputé et n’a pas recommencé. Il ne manquerait plus qu’il me vole la vedette !
Ne croyez pourtant pas que sa vie soit facile et douillette. Il travaille beaucoup et travaille bien. Il est vif sur les obstacles et adore les trajets qu’il ne connaît pas. J’ai toujours l’impression –mais peut être que je fais de l’anthropomorphisme- qu’il a envie de découvrir quelque chose de nouveau. Du coup, il est parfois un peu plus ‘‘paresseux’’, il serait plus juste de dire ‘‘moins enthousiaste’’ sur des trajets trop habituels. Mais tout se négocie facilement avec lui. Ce n’est pas un chien très butté et il a surtout envie de me faire plaisir.
La situation devient parfois plus complexe quand des passants bien intentionnés se mêlent, sans le savoir, à nos pourparlers. S’il vous plaît, n’intervenez pas dans les conversations entre un chien au travail et son maître ! Vous mettez tout le monde en porte-à-faux et vous vous demandez pourquoi vous êtes reçu froidement. Ce sont des échanges normaux mais intimes, qui ne réclament aucune intervention extérieure.
Quand il ne travaille pas, quand il ne m’attend pas tranquillement couché pendant des heures, Newlook se balade. Il est en liberté dans les rues de Paris ou d’une autre ville, ou bien à la campagne, dans une prairie. Ce chien fait toutes ses sorties de loisirs, détente, défoulement, sans laisse. C’est très important pour moi de savoir qu’il n’est pas toujours dans la contrainte d’un espace clos ou d’une longueur de laisse. J’ai décidé dès son arrivée chez moi de lui faire confiance et de faire confiance au lien qui nous unit.
Quand on me demande si je n’ai pas peur qu’il s’en aille et qu’il ne revienne pas, je réponds qu’il est attaché à un élastique invisible et que je n’ai rien à craindre, donc lui non plus.
Un jour, une de mes amies m’a dit : ‘‘J’aime bien promener ton chien, on dirait un chien de SDF !’’ j’ai beaucoup aimé cette remarque. Ca veut dire que Newlook m’est très attaché, qu’il est libre avec des repères très solides et une grande capacité d’adaptation. Il ne prend pas de risque et aborde les hommes et les autres chiens, lâchés ou en laisse, avec sérénité.
Le seul être à qui il voue une haine sans limite est la chienne de mes voisins du dessous… Mais secrètement, je pense qu’il n’a pas tort, il a toujours eu un jugement très sûr !

Ouiza OUYED

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