15/06/2010

LE CHIEN GUIDE: ESCLAVE OU MODELE D'ADAPTATION ?

Le chien-guide est diversement considéré dans le public. Soit, auréolé pour l’aide qu’il apporte à un déficient visuel ; soit, considéré comme un esclave automatisé, objet de privations et de sévices…Bref, un animal malheureux puisqu’il travaille et passe entre plusieurs mains.

De plus, une frange importante du public tend à confondre le service du chien-guide avec celui du chien d’assistance.

Quelques éclaircissements…

Qu’est-ce qu’un chien heureux ?

- celui qui remue la queue lorsqu’on lui prête attention ?

- Le prisonnier à perpétuité, seul toute la journée, qui attend dans un jardin le retour de son « meneur » pour le rituel de la gamelle et du panier ?

- le chien devenu substitut affectif, passant des bras de son humain, au fauteuil, au lit, ne touchant terre que pour assouvir ses besoins naturels et tellement pouponné qu’il ne sait plus très bien à quelle espèce il appartient ?

- le chien en meute où sévit la loi du plus fort et où l’essentiel du temps est occupé à la recherche de nourriture, à la défense du territoire, à la prévention d’attaques et à l’accouplement ? Ce genre de vie est révolu dans les sociétés civilisées et il n’est que de voir le sort réservé aux chiens errants dans divers pays….

- Un chien qui ne souffre jamais de la faim, de la soif et qui a un toit pour se protéger ?

- Le chien qui a la possibilité d’accompagner son « meneur » partout, aussi bien à pied, qu’en voiture, transports en commun ?

- Je vous laisse opter pour la réponse de votre choix mais à l’observation il semble que le chien s’adapte à toutes les situations, d’autant mieux et plus facilement qu’il se sent intégré et admis dans l’espace où il vit. L’ensemble des habitudes et des rituels qui jalonnent ses journées contribuent à le rassurer. Lorsqu’il y a inadaptation au mode de vie, se mettent en place la kyrielle d’eczémas, d’otites, d’engorgement du foie et j’en passe. C’est la sonnette d’alarme.

Quel est l’agent le plus souvent responsable de désordres comportementaux qui affectent le chien (ou tout autre animal dépendant intégralement de l’humain ? L’ENNUI.

Sous la dépendance de l’humain, le chien n’a plus à errer pour rechercher sa nourriture, n’a plus de territoire à gérer, ne peut plus s’adonner à des joutes hiérarchiques, à des comportements d’accouplement. En échange, on lui crée d’autres distractions qualifiées de sport : l’agility, le cynobike, le canifrisbee, le skate joring et autre canicross. Mais à l’instar des humains, tous les chiens n’aspirent peut-être pas à une carrière de sportif.

Savez-vous qu’elle doit être la principale qualité d’un chien-guide ?

savoir désobéir. Pas mal pour un esclave, hein ? Parce que figurez-vous que ce qui est recherché, cultivé et que nous tentons de faire épanouir au mieux, c'est son sens de l'initiative. Lorsqu'il sera investi de la responsabilité de guider "son" aveugle ce sera à lui seul de déjouer tous les pièges que l'on trouve sur les trottoirs et les rues.
Serions-nous assez fous pour confier une telle responsabilité à un animal que nous aurions maltraité pour arriver à nos fins ? Alors qu'il est tellement plus motivant pour nous et pour le chien d'arriver à ce résultat par une pédagogie inventive et de la complicité.

Un éducateur de chiens-guides n'est rien moins qu'un instituteur gérant des gamins de 5 à 7 ans d'âge mental, avec les élèves sérieux, les têtes en l'air, les timides, ceux qui savent mais pensent qu'ils ne savent pas, ceux qui peuvent mais n'osent pas le faire, ceux qui agissent avant de réfléchir, les fiers à bras etc... A l'éducateur d'apprendre la pondération au sujet excité, au timide de savoir oser, de recentrer le rêveur. La durée des sorties pour l'apprentissage quotidien dépend entièrement de chaque élève, le but étant de ne pas lasser le chien qui doit garder un bon souvenir de chaque séquence. Ce qui est sûr, c'est qu'on ne peut former un chien contre son gré, soit, entre autre, qu'il ne marche pas devant, ou qu'il s'avère impossible d'établir une communication avec lui.

Un aveugle, c'est simplement une personne qui ne voit pas. Il n'a nul besoin qu'un chien lui apporte des objets. Il se débrouille parfaitement seul sur ce plan. Il a simplement besoin d'un chien qui le précède pour lui permettre de se déplacer plus rapidement et avec plus de sécurité.
Le chien d'assistance par contre, sert une personne qui voit mais ne peut se mouvoir, il a donc pour mission de lui apporter différents objets à la demande.

J'en terminerai avec le problème de la séparation et de ce que j'ai pu en observer. Il en est des chiens comme des humains : plus ils vivent des situations différentes, plus ils sont à l'aise partout. Le chien est plus sage que l'humain : il ne vit ni dans le passé ni dans le futur mais dans l'instant présent. Lorsqu'il change de lieu de résidence, il découvre les nouvelles odeurs, ressent l'atmosphère et l'ambiance des lieux (qui lui sont acquises, dans le cas d'un chien-guide) et s'il y a anxiété elle est de courte durée. Ce qui étonne toujours les familles d'accueil c'est la facilité avec laquelle le chien nouvellement arrivé, se fond dans son nouvel environnement comme s'il avait toujours vécu à cet endroit.

Conclusion : un chien-guide a une activité, donc il ne s'ennuie pas ; il accompagne son "meneur" partout et n'est donc pas laissé pour compte comme beaucoup de ses congénères ; son harnais ne pèse que quelques centaines de grammes et n'est pas un silice hérissé de pointes destinées à le faire avancer.

"Celui qui ne s'adapte pas disparaît" et "l'adaptation est une forme d'intelligence". Le chien en est la preuve flagrante.


M.C.T.

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