Après l’attente, enfin le grand jour où le chien guide, présenté au non-voyant, va vivre quelques jours auprès de lui avant le stage d’adaptation.
Premières impressions…
Bonjour les chanceux qui ont bien dormi !
Ai pris possession du ‘monstre’ vers 18h. Une demi-heure de jeu en continu avec une balle, gamelle, puis direction un resto, prévu de longue date. Là, aucun problème : flegmatique, il est resté couché presque tout le temps. Mais après…
On voit bien qu’il n’a pas l’habitude de la capitale et de la foule, l’ami SIMOUN. Parfois, il croit que ça va passer, il oublie de ralentir et hop ! On embarque trois ou quatre pèlerins qui passeraient par là…
Arrivés à l’appartement vers 22h. Pendant plus d’une heure, jeu intense avec monsieur, et déchaînement de celui-ci sur une balle en caoutchouc qui faisait un bruit d’enfer…
On essaie de se coucher, après avoir tenté de faire s’allonger l’animal déchaîné dans sa corbeille à l’entrée du séjour, mais en vain, Monsieur est tout de suite arrivé dans la chambre : je te saute dessus, je passe ma tête sous les couvertures et te mordille parce que je t’en veux de m’avoir piqué ma balle qui faisait un bruit à réveiller un régiment… et je te léchouille, et je te mordouille…
Bon, ça va, je me relève. J’embarque la corbeille en tissu dans la chambre, au pied du lit. Et voilà que monsieur se met à gratter le tissu à toute vitesse, produisant un bruit de dix chats en train de griffer…
J’essaie alors sur un ton un peu sec, mais en dosant pour ne pas faire trop sévère : ‘‘SIMOUN, stop !’’ et le miracle se produit ! Un grand souffle, la bête se couche et … plus de bruit.
Au milieu de la nuit, réveil. Petite léchouille sur la joue. Bon, on se rendort.
7h du matin, branle-bas de combat ! Je m’ébroue, je fais claquer mas pattes dans le couloir de lino (c’est bien, ça fait du bruit !) et je termine par la léchouille. Alors, vous allez vous lever, ou quoi ?
Ni une ni deux, je saute par terre. De toutes façon, je n’ai pas le choix. Et puis, je me dis qu’il a bu pas mal la veille, le stress aidant.
7h30 : La liberté ! Le petit square en bas de chez moi est bien pratique !
8h : Je suis assis devant mon café, chausson aux pommes à la main. Fichtre ! Il a fallu quelques efforts et de la patience pour faire comprendre à monsieur que c’était peine perdue de venir me narguer en approchant le museau le plus près possible de la chose convoitée…
Et puis on remet ça : je te saute après, je te donne la balle sonore… décidément, elle est vraiment bruyante cette balle… Je décide de la lui enlever et lui donne un gros hérisson en caoutchouc à la place. Vingt minutes plus tard, un gros morceau de hérisson est complètement déchiqueté…
Je lui présente une corde à nœuds : c’est bon, il tire, je tire, ça dure un moment. Puis je m’assieds pour reprendre mon souffle. 15 minutes plus tard, la corde est dans un sale état… toute effilochée… déformée.
Je lui enlève la corde et lui redonne la balle sifflante. Et le voilà qui s’en redonne à cœur joie… et je mords, et je mords… 10 minutes plus tard, un gros bout de balle a disparu… pauvre estomac qui devra digérer dans la journée un morceau de hérisson et un morceau de balle… Eh bien elle ne sifflera plus jamais, cette fichue balle…
J’ai très vitre trouvé un truc idéal contre le stress de monsieur SIMOUN : deux heures de grande ballade en liberté samedi après-midi dans le bois de Vincennes…ça a été radical, vu la nuit précédente, on s’est tous écroulés, jusqu’au lendemain matin, non stop ! Ah mais ! Je savais bien que j’en viendrai à bout…
Et puis ce matin, on a remis ça, comme l’a dit l’éducatrice : quatre tours du parc de Montsouris en jogging. Je n’ai pas voulu prendre le harnais pour ce genre d’exercice, préférant analyser le comportement du SIMOUNET.
Je peux vous dire qu’il est sublime, l’animal ! Hier, dans le bois, lorsqu’il était en laisse, il s’adaptait très exactement à notre rythme. Aujourd’hui, lors de ce footing, même chose. Pourtant, en général, un labrador qui se lance dans la course vous entraîne à la vitesse TGV et vous arrache le bras, l’épaule, et plus encore…
Lui, non ! Rythme régulier, impeccable ! Un plaisir extra !
Ce soir, je lui ai présenté une balle à grelots qui faisait partie de ma panoplie. Il a joué un moment, puis l’a lâchée, en la laissant intacte cette fois ci. Et maintenant, il se repose, en attendant la sacro-sainte gamelle bien méritée au demeurant !
Vraiment, ce SIMOUN, il est génial !
C.C.
vendredi 6 mars 2009
jeudi 5 mars 2009
PLAIDOYER POUR LA 'DESOBEISSANCE INTELLIGENTE'
Après une longue expérience de dressage de chiens, Diego CABRERA, 26 ans, éducateur au CIE, sait maintenant qu’il faut comprendre un chien avant de le faire travailler, qu’il faut lui donner envie.
Rencontre avec ce volubile passionné de chiens qu’on a peine à imaginer, du fait de son parcours, sans chien à ses pieds…
Entre Chiens et Nous : Malgré votre jeune âge, les chiens et vous, c’est déjà une longue histoire. Votre passion est née lorsque vous étiez étudiant en économie, en Colombie. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Diego CABRERA : En quatrième année à la fac d’économie, je me suis acheté un chien. Très vite, avec lui, j’ai suivi, puis donné des cours à la croix rouge internationale, de sauvetage par exemple. Les cours avaient lieu le week-end, à Bogotá [Capitale de la Colombie NDLR]. C’était très chouette. J’avais 18 ans.
E.C.N. : Et très vite, vos cours ont rencontré un grand succès…
D.C. : Je les donnais avec un ami, ces cours de dressage. Et au lieu d’avoir cinquante chiens sous notre responsabilité, comme les autres instructeurs, on en avait jusque quatre-vingt. Alors comme on sortait tous les deux de la fac (lui avait fait des études d’architecture), on a choisi de se lancer dans la vie professionnelle en créant notre entreprise. Au bout de trois ans, nous étions école d’instruction numéro un en Colombie. Nous dressions notamment des chiens d’assistance, en premier lieu pour des enfants rencontrant des problèmes d’insertion scolaire. Nous faisions donc de la thérapie avec des chiens pour ces enfants, comme celui, par exemple, resté traumatisé après que des assassins aient tué son père sous ses yeux. L’objectif de ces thérapies consistait notamment à redonner aux enfants le sens de la hiérarchie. En parallèle, nous travaillions dans une prison de femmes : nous dressions avec elles des chiens de l’équivalent de la SPA et, une fois adoptés, nous rencontrions moins de difficulté à faire adopter ces chiens. Les femmes, elles, avaient appris un métier pour leur sortie de prison.
E.C.N. : Et c’est à cette époque que vous avez tenté d’éduquer votre premier chien guide…
D.C. : j’avais un ami aveugle, qui avait entendu parler de ce qui se faisait au Canada, ou aux Etats-Unis, mais qui n’avait pas les moyens de s’y rendre. Alors on a fouiné sur Internet et je me suis dit qu’on allait tenter le coup. Une femme nous a donné une femelle berger allemand. J’ai bricolé quelque chose pour son éducation, mais c’était très mal fait. Elle a commencé à prendre les mauvaises habitudes de son maître et c’était impossible à corriger. Et puis je ne la faisais pas travailler dans la rue : pour moi qui faisais du dressage pour d’autre objectifs, un chien se dressait sur une piste. Surtout, à l’époque, je ne faisais que du dressage classique, je produisais des chiens mécaniques qui exécutaient un nombre considérable d’ordres rapidement. Résultat : si on disait ‘à droite’ à la chienne, elle y allait, quitte à foncer dans le mur. Elle n’avait donc pas la désobéissance intelligente. Une fois mécanisée, difficile de lui faire faire marche arrière. Mais bon, vaille que vaille, au bout d’un an et demi, on peut dire qu’elle a été le premier chien guide en Colombie… Elle travaille encore.
E.C.N. : Passionné de chiens, vous en aviez fait votre métier, votre loisir puisque vous étiez champion d’agility en Amérique latine, mais aussi votre nouveau sujet d’études : vous êtes diplômé en comportementalisme en Espagne ou vous avez suivi des études par correspondance. Après avoir choisi de revendre votre entreprise qui mangeait tout votre temps, vous n’avez pas lâché les chiens pour autant : vous avez ouvert une fabrique de jouets pour chiens. Et c’est fort de toute cette expérience que, venu en France à la base pour un concours d’agility, vous avez posé vos valises au CIE…
D.C. : Au départ, je voulais rester en France pendant trois ans pour apprendre à éduquer des chiens guides, puis repartir ouvrir une école en Colombie. Hormis le CIE, toutes les écoles ont refusé ma candidature, en dépit de mon expérience, parce qu’il y a un an, je parlais très mal le français.
E.C.N. : Au début, la communication n’a pas dû être facile…
D.C. : Je suivais la directrice du CIE toute la journée. Elle me parlait, que je comprenne ou non, tout le temps. Pendant trois mois, j’ai travaillé par mimétisme.
E.C.N. : Et ce fut un peu le grand saut…
D.C. : Oui, mes méthodes ou celles du CIE, c’était vraiment le coq et l’âne… Le seul point commun était que tous les deux, on travaillait avec des chiens… Maintenant, je respecte l’esprit du CIE.
E.C.N. : C'est-à-dire ?
D.C. : JE suis pour la liberté du chien, pour le respect de sa personnalité. Je fais en sorte de le comprendre avant de le travailler. Je sais maintenant qu’il faut établir une relation avec un chien, et non le mécaniser. Ca lui permet de guider avec envie, et non comme un automate. Mais il y a des choses que je ne laisserai pas passer pour autant : un chien ne mangera pas dans mon assiette ou je ne répéterai pas deux fois un même ordre.
E.C.N. : Aujourd’hui, vous travaillez donc en France. Mais vous faites partager votre nouveau savoir et votre nouvelle façon de voir les choses avec vos compatriotes…
D.C. : Oui, par Internet, j’envoie des informations à deux personnes en Colombie. Et si j’arrive à faire prendre conscience là bas qu’il faut respecter les animaux, ce sera vraiment très bien.
Propos recueillis par S.MG.
Rencontre avec ce volubile passionné de chiens qu’on a peine à imaginer, du fait de son parcours, sans chien à ses pieds…
Entre Chiens et Nous : Malgré votre jeune âge, les chiens et vous, c’est déjà une longue histoire. Votre passion est née lorsque vous étiez étudiant en économie, en Colombie. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Diego CABRERA : En quatrième année à la fac d’économie, je me suis acheté un chien. Très vite, avec lui, j’ai suivi, puis donné des cours à la croix rouge internationale, de sauvetage par exemple. Les cours avaient lieu le week-end, à Bogotá [Capitale de la Colombie NDLR]. C’était très chouette. J’avais 18 ans.
E.C.N. : Et très vite, vos cours ont rencontré un grand succès…
D.C. : Je les donnais avec un ami, ces cours de dressage. Et au lieu d’avoir cinquante chiens sous notre responsabilité, comme les autres instructeurs, on en avait jusque quatre-vingt. Alors comme on sortait tous les deux de la fac (lui avait fait des études d’architecture), on a choisi de se lancer dans la vie professionnelle en créant notre entreprise. Au bout de trois ans, nous étions école d’instruction numéro un en Colombie. Nous dressions notamment des chiens d’assistance, en premier lieu pour des enfants rencontrant des problèmes d’insertion scolaire. Nous faisions donc de la thérapie avec des chiens pour ces enfants, comme celui, par exemple, resté traumatisé après que des assassins aient tué son père sous ses yeux. L’objectif de ces thérapies consistait notamment à redonner aux enfants le sens de la hiérarchie. En parallèle, nous travaillions dans une prison de femmes : nous dressions avec elles des chiens de l’équivalent de la SPA et, une fois adoptés, nous rencontrions moins de difficulté à faire adopter ces chiens. Les femmes, elles, avaient appris un métier pour leur sortie de prison.
E.C.N. : Et c’est à cette époque que vous avez tenté d’éduquer votre premier chien guide…
D.C. : j’avais un ami aveugle, qui avait entendu parler de ce qui se faisait au Canada, ou aux Etats-Unis, mais qui n’avait pas les moyens de s’y rendre. Alors on a fouiné sur Internet et je me suis dit qu’on allait tenter le coup. Une femme nous a donné une femelle berger allemand. J’ai bricolé quelque chose pour son éducation, mais c’était très mal fait. Elle a commencé à prendre les mauvaises habitudes de son maître et c’était impossible à corriger. Et puis je ne la faisais pas travailler dans la rue : pour moi qui faisais du dressage pour d’autre objectifs, un chien se dressait sur une piste. Surtout, à l’époque, je ne faisais que du dressage classique, je produisais des chiens mécaniques qui exécutaient un nombre considérable d’ordres rapidement. Résultat : si on disait ‘à droite’ à la chienne, elle y allait, quitte à foncer dans le mur. Elle n’avait donc pas la désobéissance intelligente. Une fois mécanisée, difficile de lui faire faire marche arrière. Mais bon, vaille que vaille, au bout d’un an et demi, on peut dire qu’elle a été le premier chien guide en Colombie… Elle travaille encore.
E.C.N. : Passionné de chiens, vous en aviez fait votre métier, votre loisir puisque vous étiez champion d’agility en Amérique latine, mais aussi votre nouveau sujet d’études : vous êtes diplômé en comportementalisme en Espagne ou vous avez suivi des études par correspondance. Après avoir choisi de revendre votre entreprise qui mangeait tout votre temps, vous n’avez pas lâché les chiens pour autant : vous avez ouvert une fabrique de jouets pour chiens. Et c’est fort de toute cette expérience que, venu en France à la base pour un concours d’agility, vous avez posé vos valises au CIE…
D.C. : Au départ, je voulais rester en France pendant trois ans pour apprendre à éduquer des chiens guides, puis repartir ouvrir une école en Colombie. Hormis le CIE, toutes les écoles ont refusé ma candidature, en dépit de mon expérience, parce qu’il y a un an, je parlais très mal le français.
E.C.N. : Au début, la communication n’a pas dû être facile…
D.C. : Je suivais la directrice du CIE toute la journée. Elle me parlait, que je comprenne ou non, tout le temps. Pendant trois mois, j’ai travaillé par mimétisme.
E.C.N. : Et ce fut un peu le grand saut…
D.C. : Oui, mes méthodes ou celles du CIE, c’était vraiment le coq et l’âne… Le seul point commun était que tous les deux, on travaillait avec des chiens… Maintenant, je respecte l’esprit du CIE.
E.C.N. : C'est-à-dire ?
D.C. : JE suis pour la liberté du chien, pour le respect de sa personnalité. Je fais en sorte de le comprendre avant de le travailler. Je sais maintenant qu’il faut établir une relation avec un chien, et non le mécaniser. Ca lui permet de guider avec envie, et non comme un automate. Mais il y a des choses que je ne laisserai pas passer pour autant : un chien ne mangera pas dans mon assiette ou je ne répéterai pas deux fois un même ordre.
E.C.N. : Aujourd’hui, vous travaillez donc en France. Mais vous faites partager votre nouveau savoir et votre nouvelle façon de voir les choses avec vos compatriotes…
D.C. : Oui, par Internet, j’envoie des informations à deux personnes en Colombie. Et si j’arrive à faire prendre conscience là bas qu’il faut respecter les animaux, ce sera vraiment très bien.
Propos recueillis par S.MG.
mercredi 4 mars 2009
UNE AUTRE EXPERIENCE
D’un côté un homme, submergé par son travail, souhaitant reprendre contact avec des joies simples et vraies ; de l’autre, un aveugle solitaire, n’osant espérer une aide amicale et franche.
Equation réussie.
J4ai connu Joël en 1998 grâce à Myriam mon épouse, assistante sociale de son état. A cette époque, lassé du rythme trépidant que m’imposait ma fonction de commercial, j’étais à la recherche d’espaces de temps qui me permettraient de favoriser des relations amicales simples et sincères, d’où l’esprit de compétition serait exclu.
Aveugle depuis l’enfance, Joël vivait seul avec POLLUX son chien guide à l’époque ; hormis les déplacements dans Brest pour faire ses courses, il n’avait aucun but de sorties pour le simple plaisir de se promener en laissant des moments de totale liberté à son chien.
Son handicap a été une chance dans nos relations : j’aspirais à une amitié sereine et tranquille, Joël me l’a donnée encore plus que de retour. J’ai appris l’importance du partage et combien l’attention à l’autre donne du bonheur.
Depuis lors, j’ai préservé des plages horaires dans mon activité, qui me permettent de nous évader tous les trois, plusieurs moments dans la semaine, soit sur la plage, soit dans des parcs avec baignades l’été et longues balades d’hiver. Nous sommes devenus d’heureux compères !
POLLUX parti à la retraite en 2004, remplacé par SOKRAH trop tôt disparu, Joël bénéficie maintenant des aimables services de JAZZ, chien adorable, oh combien dynamique, qui apprécie tant de courir sur la plage après mouettes et goélands.
Comme ses deux congénères précédents, il reconnaît de loin le bruit de ma voiture.
Je ne saurai faire un roman d’une histoire si simple et souhaite simplement que ce message d’espoir permette à des personnes en quête, comme je l’étais, de relations amicales et franches, de voir avec le cœur et de vivre la même belle expérience.
Patrice BOURDIER
Equation réussie.
J4ai connu Joël en 1998 grâce à Myriam mon épouse, assistante sociale de son état. A cette époque, lassé du rythme trépidant que m’imposait ma fonction de commercial, j’étais à la recherche d’espaces de temps qui me permettraient de favoriser des relations amicales simples et sincères, d’où l’esprit de compétition serait exclu.
Aveugle depuis l’enfance, Joël vivait seul avec POLLUX son chien guide à l’époque ; hormis les déplacements dans Brest pour faire ses courses, il n’avait aucun but de sorties pour le simple plaisir de se promener en laissant des moments de totale liberté à son chien.
Son handicap a été une chance dans nos relations : j’aspirais à une amitié sereine et tranquille, Joël me l’a donnée encore plus que de retour. J’ai appris l’importance du partage et combien l’attention à l’autre donne du bonheur.
Depuis lors, j’ai préservé des plages horaires dans mon activité, qui me permettent de nous évader tous les trois, plusieurs moments dans la semaine, soit sur la plage, soit dans des parcs avec baignades l’été et longues balades d’hiver. Nous sommes devenus d’heureux compères !
POLLUX parti à la retraite en 2004, remplacé par SOKRAH trop tôt disparu, Joël bénéficie maintenant des aimables services de JAZZ, chien adorable, oh combien dynamique, qui apprécie tant de courir sur la plage après mouettes et goélands.
Comme ses deux congénères précédents, il reconnaît de loin le bruit de ma voiture.
Je ne saurai faire un roman d’une histoire si simple et souhaite simplement que ce message d’espoir permette à des personnes en quête, comme je l’étais, de relations amicales et franches, de voir avec le cœur et de vivre la même belle expérience.
Patrice BOURDIER
NEWLOOK, UN AIR DE LIBERTE
Vous connaissez NEWLOOK ? C’est mon coéquipier, un berger australien de neuf ans et demi.
Il est assez petit. Si on le compare à un labrador, il est moins haut sur pattes et son corps est plus court. Il n’a pas de queue parce qu’on la lui a coupée à la naissance pour qu’il corresponde aux critères esthétiques de sa race.
Heureusement je crois que les éleveurs n’ont plus le droit de pratiquer cette mutilation inutile et barbare !
NEWLOOK a un poil mi-long, soyeux et lisse, une tête fine avec un museau assez court et très expressive avec des oreilles courtes et tombantes toujours en mouvement pour capter la moindre info et ne rien rater de ce qui se passe autour de lui. C’est son côté commère !
Nous vivons ensemble à Paris dans un deux-pièces depuis sept ans et demi. Il aime beaucoup son panier installé à côté du canapé et, la nuit, il se glisse en rampant sous mon lit pour dormir.
La première fois qu’il a fait ça, j’ai eu peur. J’ai senti les lattes de mon sommier qui bougeaient et me suis demandé ce qui se passait : Est-ce qu’il y avait un léger tremblement de terre ? Non, pourtant, rien d’autre ne semblait vibrer ou trembler… et puis je l’ai entendu respirer sous le lit ! Ouf !
Mon chien n’aime pas la routine. Avec moi, il est servi. Je suis comédienne et reporter radio. Alors pendant toutes ces années vécues en commun, nous avons enchaîné les voyages, les chambres d’hôtel, les villes, les trains… et surtout nous côtoyons beaucoup de monde dans des contextes très variés.
Lorsque nous arrivons quelque part, que ce soit dans un théâtre ou dans un appartement, je lâche mon chien et il entreprend une visite minutieuse et curieuse des lieux. Bien sur, je ne le fais que si c’est possible et ‘‘autorisé’’ …
J’aime bien cette autonomie. Il sait très bien se faire accepter et il sent les limites à ne pas dépasser avec chacun.
Quand je travaille quelques temps au même endroit, je le vois tisser des liens avec certaines personnes, en éviter d’autres qui ne souhaitent pas sa présence. Souvent on me dit : ‘‘dès qu’il arrive, il fait le tour des bureaux pour dire bonjour à tout le monde’’.
J’interviens très peu dans sa vie sociale avec les autres humains, sauf pour empêcher qu’on le gave de friandises. Or, il fait très bien le chien affamé et qu’on ne nourrit pas assez ! Quel grand acteur !
Pendant que je suis sur scène, Newlook m’attend bien sagement dans ma loge, pardon, dans SA loge. Il a pris l’habitude d’obéir à un ordre que lui a donné Cyril, un régisseur avec lequel j’ai beaucoup travaillé : ‘‘Va dans ta loge !’’. Alors là, ça ne rigole plus, le spectacle commence et il vaut mieux se tenir à carreau.
Selon le témoignage des habilleuses, dès qu’il entend que le spectacle se termine, avant les applaudissements, au moment des dernières répliques, il se réveille et montre des signes d’impatience. Deux fois en cinq ans, il a réussi à échapper à leur vigilance et a surgi sur scène au moment des saluts. Le public a adoré. Tout le monde riait et applaudissait de plus belle… et lui, se prenant pour une star, a fait plusieurs entrées et sorties fougueuses pour honorer les rappels ! C’était très drôle, mais il s’est quand même fait disputé et n’a pas recommencé. Il ne manquerait plus qu’il me vole la vedette !
Ne croyez pourtant pas que sa vie soit facile et douillette. Il travaille beaucoup et travaille bien. Il est vif sur les obstacles et adore les trajets qu’il ne connaît pas. J’ai toujours l’impression –mais peut être que je fais de l’anthropomorphisme- qu’il a envie de découvrir quelque chose de nouveau. Du coup, il est parfois un peu plus ‘‘paresseux’’, il serait plus juste de dire ‘‘moins enthousiaste’’ sur des trajets trop habituels. Mais tout se négocie facilement avec lui. Ce n’est pas un chien très butté et il a surtout envie de me faire plaisir.
La situation devient parfois plus complexe quand des passants bien intentionnés se mêlent, sans le savoir, à nos pourparlers. S’il vous plaît, n’intervenez pas dans les conversations entre un chien au travail et son maître ! Vous mettez tout le monde en porte-à-faux et vous vous demandez pourquoi vous êtes reçu froidement. Ce sont des échanges normaux mais intimes, qui ne réclament aucune intervention extérieure.
Quand il ne travaille pas, quand il ne m’attend pas tranquillement couché pendant des heures, Newlook se balade. Il est en liberté dans les rues de Paris ou d’une autre ville, ou bien à la campagne, dans une prairie. Ce chien fait toutes ses sorties de loisirs, détente, défoulement, sans laisse. C’est très important pour moi de savoir qu’il n’est pas toujours dans la contrainte d’un espace clos ou d’une longueur de laisse. J’ai décidé dès son arrivée chez moi de lui faire confiance et de faire confiance au lien qui nous unit.
Quand on me demande si je n’ai pas peur qu’il s’en aille et qu’il ne revienne pas, je réponds qu’il est attaché à un élastique invisible et que je n’ai rien à craindre, donc lui non plus.
Un jour, une de mes amies m’a dit : ‘‘J’aime bien promener ton chien, on dirait un chien de SDF !’’ j’ai beaucoup aimé cette remarque. Ca veut dire que Newlook m’est très attaché, qu’il est libre avec des repères très solides et une grande capacité d’adaptation. Il ne prend pas de risque et aborde les hommes et les autres chiens, lâchés ou en laisse, avec sérénité.
Le seul être à qui il voue une haine sans limite est la chienne de mes voisins du dessous… Mais secrètement, je pense qu’il n’a pas tort, il a toujours eu un jugement très sûr !
Ouiza OUYED
Il est assez petit. Si on le compare à un labrador, il est moins haut sur pattes et son corps est plus court. Il n’a pas de queue parce qu’on la lui a coupée à la naissance pour qu’il corresponde aux critères esthétiques de sa race.
Heureusement je crois que les éleveurs n’ont plus le droit de pratiquer cette mutilation inutile et barbare !
NEWLOOK a un poil mi-long, soyeux et lisse, une tête fine avec un museau assez court et très expressive avec des oreilles courtes et tombantes toujours en mouvement pour capter la moindre info et ne rien rater de ce qui se passe autour de lui. C’est son côté commère !
Nous vivons ensemble à Paris dans un deux-pièces depuis sept ans et demi. Il aime beaucoup son panier installé à côté du canapé et, la nuit, il se glisse en rampant sous mon lit pour dormir.
La première fois qu’il a fait ça, j’ai eu peur. J’ai senti les lattes de mon sommier qui bougeaient et me suis demandé ce qui se passait : Est-ce qu’il y avait un léger tremblement de terre ? Non, pourtant, rien d’autre ne semblait vibrer ou trembler… et puis je l’ai entendu respirer sous le lit ! Ouf !
Mon chien n’aime pas la routine. Avec moi, il est servi. Je suis comédienne et reporter radio. Alors pendant toutes ces années vécues en commun, nous avons enchaîné les voyages, les chambres d’hôtel, les villes, les trains… et surtout nous côtoyons beaucoup de monde dans des contextes très variés.
Lorsque nous arrivons quelque part, que ce soit dans un théâtre ou dans un appartement, je lâche mon chien et il entreprend une visite minutieuse et curieuse des lieux. Bien sur, je ne le fais que si c’est possible et ‘‘autorisé’’ …
J’aime bien cette autonomie. Il sait très bien se faire accepter et il sent les limites à ne pas dépasser avec chacun.
Quand je travaille quelques temps au même endroit, je le vois tisser des liens avec certaines personnes, en éviter d’autres qui ne souhaitent pas sa présence. Souvent on me dit : ‘‘dès qu’il arrive, il fait le tour des bureaux pour dire bonjour à tout le monde’’.
J’interviens très peu dans sa vie sociale avec les autres humains, sauf pour empêcher qu’on le gave de friandises. Or, il fait très bien le chien affamé et qu’on ne nourrit pas assez ! Quel grand acteur !
Pendant que je suis sur scène, Newlook m’attend bien sagement dans ma loge, pardon, dans SA loge. Il a pris l’habitude d’obéir à un ordre que lui a donné Cyril, un régisseur avec lequel j’ai beaucoup travaillé : ‘‘Va dans ta loge !’’. Alors là, ça ne rigole plus, le spectacle commence et il vaut mieux se tenir à carreau.
Selon le témoignage des habilleuses, dès qu’il entend que le spectacle se termine, avant les applaudissements, au moment des dernières répliques, il se réveille et montre des signes d’impatience. Deux fois en cinq ans, il a réussi à échapper à leur vigilance et a surgi sur scène au moment des saluts. Le public a adoré. Tout le monde riait et applaudissait de plus belle… et lui, se prenant pour une star, a fait plusieurs entrées et sorties fougueuses pour honorer les rappels ! C’était très drôle, mais il s’est quand même fait disputé et n’a pas recommencé. Il ne manquerait plus qu’il me vole la vedette !
Ne croyez pourtant pas que sa vie soit facile et douillette. Il travaille beaucoup et travaille bien. Il est vif sur les obstacles et adore les trajets qu’il ne connaît pas. J’ai toujours l’impression –mais peut être que je fais de l’anthropomorphisme- qu’il a envie de découvrir quelque chose de nouveau. Du coup, il est parfois un peu plus ‘‘paresseux’’, il serait plus juste de dire ‘‘moins enthousiaste’’ sur des trajets trop habituels. Mais tout se négocie facilement avec lui. Ce n’est pas un chien très butté et il a surtout envie de me faire plaisir.
La situation devient parfois plus complexe quand des passants bien intentionnés se mêlent, sans le savoir, à nos pourparlers. S’il vous plaît, n’intervenez pas dans les conversations entre un chien au travail et son maître ! Vous mettez tout le monde en porte-à-faux et vous vous demandez pourquoi vous êtes reçu froidement. Ce sont des échanges normaux mais intimes, qui ne réclament aucune intervention extérieure.
Quand il ne travaille pas, quand il ne m’attend pas tranquillement couché pendant des heures, Newlook se balade. Il est en liberté dans les rues de Paris ou d’une autre ville, ou bien à la campagne, dans une prairie. Ce chien fait toutes ses sorties de loisirs, détente, défoulement, sans laisse. C’est très important pour moi de savoir qu’il n’est pas toujours dans la contrainte d’un espace clos ou d’une longueur de laisse. J’ai décidé dès son arrivée chez moi de lui faire confiance et de faire confiance au lien qui nous unit.
Quand on me demande si je n’ai pas peur qu’il s’en aille et qu’il ne revienne pas, je réponds qu’il est attaché à un élastique invisible et que je n’ai rien à craindre, donc lui non plus.
Un jour, une de mes amies m’a dit : ‘‘J’aime bien promener ton chien, on dirait un chien de SDF !’’ j’ai beaucoup aimé cette remarque. Ca veut dire que Newlook m’est très attaché, qu’il est libre avec des repères très solides et une grande capacité d’adaptation. Il ne prend pas de risque et aborde les hommes et les autres chiens, lâchés ou en laisse, avec sérénité.
Le seul être à qui il voue une haine sans limite est la chienne de mes voisins du dessous… Mais secrètement, je pense qu’il n’a pas tort, il a toujours eu un jugement très sûr !
Ouiza OUYED
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